Sylvie Berggren
L'étoffe d'une créatrice 
Cela a sûrement commencé là, pas plus grande que trois mangues, sur un souk africain. Dans le frôlement des boubous chamarés, quand à hauteur, d'enfant le regard ne croise que l'étoffe qui habille les corps. Puis le pas de la mère qui marque la pause devant un étal de cotonnades. Et la petite main de Sylvie Berggren qui peut enfin s'aventurer dans ces montagnes et canyons de doudous empilés pelle-melle ou savamment pliés par strates de couleurs.
Après sa naissance aux Antilles et cette petite enfance en Afrique, les voyages familiaux vont continuer. A chaque nouveau pays où le clan se pose, la malle de tissus maternelle se remplit un peu plus. Sylvie l'ouvre souvent, avec chaque fois la sensation d'y faire un voyage. Elle partira dans la vie, remplie de ça. Passionnée des arts primitifs autant que singuliers. Fascinée par la beauté de l'artisanat qui entoure les peuples les plus démunis, la façon qu'ils ont de rendre beau le moindre objet du quotidien. Et de faire du plus modeste tissu façonné, une "parure"à leur dénuement.
C'est avec la pierre et le bois qu'elle ordonne ses premiers volumes en débutant un formation d'archi d'intérieur à l'institut St Luc de Tournais (Belgique). Mais la pulsion originelle continue de frapper à la porte. Fort... Adieu lignes de béton donc et cap sur le cursus "création textile" des Arts Appliqués à Lyon. Y suivra un travail de styliste avec le crayon puis un déménagement à Paris et un poste dans un atelier de tissus destinés aux costumes de théatre et d'opéra, ainsi qu'à des intérieurs de particuliers.
Aujourd'hui, Sylvie Berggren oeuvre en solo selon son coeur dans un coin de campagne aixoise. Une grande fenêtre arrose de lumière les cales du porte-avion créatif où elle accumule autant de fils aux multiples couleurs que de matières irrésistibles au contact. Sa sensibilité la conduit à utiliser des fibres naturelles, laine, lin ou coton. Ces matériaux sont essentiellement ramenés de Scandinavie mais la racine primitive reste intacte. C'est le toucher qui déclenche la réalisation. Et aucune pièce ou série ne ressemble à une autre. Chacune est une aventure unique. Scratchs, lavabilité ou autre astuce domestique, aidant à la vivre au quotidien.

Manu GROS, Journaliste